LE PORTRAIT EN ROUJE

“Pardon, quelle catastrophe, j’éteins toutes mes fins de phrase … Promis, quand je suis sur scène, je parle moins vite.” 

Elle est touchante, Rebecca Marder. Touchante de grâce, de beauté, de spontanéité et de force, aussi. Plus jeune pensionnaire de la Comédie-Française, elle y est rentrée à l’âge de 20 ans.

Pour elle, c’était presque inimaginable, comme un rêve éveillé : les répétitions entourée d’acteurs magistraux, le sentiment de “planer sur un petit nuage, traversée d’ondes mystiques” en déambulant dans les couloirs emplis d’histoire .…


Rebecca Marder 


Il faut dire aussi que le théâtre la passionne depuis son plus jeune âge. Alors qu’elle chante dans la chorale du conservatoire du XIIIème arrondissement, elle est repérée par un directeur de casting qui lui fait faire ses premiers pas au cinéma … A l’âge de dix ans. A partir de ce moment, tout s’enchaîne assez vite : les cours de théâtre au conservatoire rythment son année scolaire. Et ses vacances ? Elle les passe sur des plateaux de tournage.


Quand on lui demande ce qu’elle veut faire plus tard, elle répond “actrice !”. Mais toujours associé à quelque chose, au cas où : tour à tour, Rebecca veut être actrice et bouchère, actrice et fleuriste, actrice et styliste … Jusqu’à son entrée en hypokhâgne, puis à l’école du Théâtre National de Strasbourg, où elle se dédie entièrement au jeu.

Elle confie que le rythme de la Comédie-Française est très intense : « Il peut nous arriver de jouer jusqu’à trois personnages différents par jour parmi les trois scènes que compte le théâtre. C’est presque un travail d’athlète, dans une maison réglée comme une horloge … » Et pourtant la scène, loin de l’épuiser, est ce qui la rend plus forte. Incarner des personnages, des textes, d’autres vies que la sienne sont ce qui la porte. L’impression d’une transe pendant la durée du spectacle.


Ce qu’elle aime dans le théâtre, c’est le fait d’être en osmose avec ses partenaires, bien sûr, mais aussi avec le public. Des inconnus qui ont décidé, au milieu de la frénésie de leur journée où on n’a jamais le temps pour rien, de réserver deux heures à la beauté des mots. “Ce qui m’émeut, c’est ça. C’est ce rapport au temps qui se fragmente.”


Quand on lui demande ses auteurs préférés, elle commence par Beckett et Tchekhov, qui ont, selon elle, cerné l’âme humaine. Puis, en pagaille, surgissent les noms de Shakespeare, Thomas Bernhard, Peter Handke, Cocteau, Heiner Müller, Sarah Kane, Molière, Jean-Luc Lagarce, Artaud, Racine ... Dont la langue une fois maîtrisée “ouvre des univers de poésie parallèles”, dit-elle.


Parce qu’en plus de les jouer, Rebecca lit beaucoup, beaucoup de textes. Elle va même jusqu’à les réécrire elle-même. “Quand je veux apprendre un texte, je le récite un peu partout, à vélo, quand je marche dans la rue ... Et je l’écris à la main comme si j’étais l’auteur en train de l’inventer pour la première fois.”. Mais ce qu’elle préfère, pour travailler son jeu, c’est de vivre les mots. 

"Ce qui m'émeut avec le théâtre, c'est ça. C'est ce rapport au temps qui se fragmente."


Plus que la jalousie, Rebecca est plutôt du côté de l’admiration. Quand on lui parle de Rouje, elle s’illumine encore plus : “J’adore l’esprit de la marque. Pour moi, ça représente la féminité comme je rêverais de l’incarner. C’est la sensualité jamais vulgaire, c’est une finesse légère et un style nonchalant que j’adore. Comme ça, l’air de rien, quand on met une pièce Rouje, on a l’impression d’endosser un rôle de “vraie” femme, un peu comme au théâtre avec un costume. Quand je mets du Rouje, en fait, je me réapproprie ma féminité. On ne commence pas une journée de la même manière quand on est bien habillée, ça change la démarche, l’allure, l’aura … Tout ! Beaucoup plus qu’à l’heure actuelle où je vous parle en jogging et haut de pyjama avec les cheveux gras …”



Elle rit. On trouve qu’elle est déjà très belle comme ça, nous. Radieuse, même.



Photographie par Jeanne Damas

Texte par Camille Gross


de la Comédie-Française

C’est pour cela que le travail de la metteur en scène Julie Deliquet pour Fanny et Alexandre, actuellement salle Richelieu, l’a enthousiasmée. “C’est une metteur en scène et une femme si inspirante, que j’admire, qui laisse un espace de liberté infini et structuré à la fois. Qui aime les acteurs, au point de les cerner et de les révéler »

Sur la place des actrices, d’ailleurs, elle avoue qu’il était temps que les choses changent. Elle se réjouit que la parole se libère, et salue les initiatives d’Eric Ruf qui veille à respecter une parité, autant du côté de la mise en scène que du jeu. C’est important, pour elle, la sororité entre actrices.

“Si une autre fille que moi a un rôle, je ne vais pas être jalouse. J’oublie les projets où je ne suis pas. Je peux être empoisonnée par la jalousie en amour, mais au théâtre ou au cinéma, ce qui ne doit pas m’arriver n’arrive pas.”